Extrait du « Testament de Galilée – Tome 1 : L’oeil »

Voici l’extrait que j’ai déjà publié sur ma page Facebook :

CHAPITRE QUATRE – NUMERO SIX

Habituée à toujours tout calculer, elle savait qu’elle avait commis trois erreurs.

La première avait été de rester si tard dans ce pub. Mais après la journée de travail stressante qu’elle venait de vivre, quoi de plus naturel que de vouloir se détendre, penser à autre chose, loin des salles de marchés financiers de Wall Street à contempler les cours de la bourse s’effondrer de jour en jour ?

La seconde avait été de refuser que son ami Mike la raccompagne chez elle. Après tout, une petite marche pour épancher l’alcool consommé ce soir ne pouvait pas lui faire de mal s’était-elle dit. Elle habitait à seulement quelques pâtés de maison du pub, il lui faudrait moins de cinq minutes pour rentrer.

La dernière erreur était sans doute la pire. Pourquoi vouloir couper par le parc mal éclairé à cette heure si tardive ?

Elle continuait de presser le pas, ne cessant de se retourner. Le bruit de ses talons sur les pavés de l’allée centrale du parc résonnait. Mais c’était un autre bruit qui l’angoissait ce soir. Un bruit imperceptible pour tout le monde. Mais pas pour elle, elle qui pouvait entendre le moindre chuchotement, le moindre son.

Quelqu’un la suivait depuis qu’elle avait quitté le pub. Pourtant, il n’y avait personne derrière elle, mais le son des chaussures sur les pavés du parc parvenaient jusqu’à ses oreilles. Il était loin, cela la rassura un peu. Mais elle continuait d’avancer à vive allure.

Bon Dieu, ce parc était-il si grand d’habitude ? se demanda-t-elle, ne voyant toujours pas la sortie. Une décharge d’adrénaline inonda son corps. Un frisson remonta sa colonne vertébrale, contractant ses muscles, lui donnant la chair de poule. Le bruit de pas derrière elle venait de trouver un écho devant elle.

Elle tenta de se calmer, après tout, elle n’était peut-être pas la seule à vouloir se promener dans le parc, de nuit. Quelle idée stupide d’être passé par là. Elle inspira profondément, tentant de réprimer la bouffée de chaleur qui venait de l’envahir.

Etait-ce l’alcool qui déformait ses perceptions, qui lui jouait des tours ? se demanda-t-elle. Elle se jura ce soir-là de ne plus boire autant. Elle repensa à Mike, s’il avait été avec elle, elle aurait été plus sereine. Mais Mike n’était pas là. Elle était seule. Seule au milieu de ce parc mal éclairé, glauque. Et il y avait les pas.

Elle aperçut le petit portillon délimitant la sortie ouest du parc. L’entrée de son immeuble était juste en face, elle n’avait plus qu’à traverser la rue et se précipiter chez elle. Elle pensa à la porte de son appartement, épaisse, blindée, rassurante, sécurisante.

Quelque chose bougea près du peuplier situé juste avant le portillon. Elle s’arrêta, scrutant l’obscurité. Rien. Une ombre peut-être. Ou était-ce l’effet de l’alcool ? Elle jura et repris sa marche, pressée par le bruit des pas grandissant derrière elle.

Au moment de passer devant le peuplier, l’ombre se rappela à elle. Elle stoppa net sa progression, son angoisse reprit le dessus. Une silhouette sortit du champ de protection de l’arbre. Le bruit des pas derrière elle disparut soudain. Elle osa tourner la tête, avec un sentiment de crainte et d’espoir mélangé : peut-être trouverait-elle le salut dans les pas qui l’angoissaient quelques minutes plus tôt ?

La peur effaça l’espoir. L’homme qui se tenait derrière elle était vêtu d’un survêtement, capuche sur la tête, mains dans les poches. Impossible de voir si le visage de cet homme était amical ou non. Elle regarda de nouveau la silhouette qui venait de sortir de derrière le peuplier. Un homme, casquette sur la tête, jean et sweat à capuche.

Elle repensa à ses trois erreurs. A sa soirée. Elle donnerait n’importe quoi pour revenir quelques heures en arrière. Mais elle n’en avait pas le pouvoir.

Dans un ultime sursaut d’espoir, elle lança son sac à main au pied de l’homme du peuplier.

– C’est… c’est tout ce que j’ai, balbutia-t-elle. Prenez-le si vous voulez, mais ne me faites pas de mal.

Une pensée l’obsédait depuis plusieurs minutes. Elle allait se faire violer. Seule dans ce parc. Elle tendit l’oreille. Rien. Aucun bruit pour la réconforter. Elle qui pouvait entendre le moindre son avait l’impression d’être sourde ce soir. Elle rassembla son courage, prête à assumer la déchéance qu’elle allait subir, résolue à se laisser faire pour éviter le pire.

L’homme du peuplier sourit. Même si ses yeux étaient dissimulés par la pénombre créée par sa casquette, elle pouvait discerner sa bouche. Et il souriait. L’effroi lui transperça le cœur. C’est à ce moment-là qu’elle sut qu’elle ne s’en sortirait pas.

L’homme du peuplier sortit la main droite de la poche kangourou de son sweat. La vue du métal noir faillit lui faire perdre connaissance. Son estomac fût pris de spasmes incontrôlables. Elle regardait l’homme qui la tenait en joue. Des larmes roulaient sur ses joues.

Le coup partit, un petit « blop » à peine perceptible. Le silencieux fixé à l’extrémité de l’arme jouait son rôle. Pourtant, la détonation résonna vigoureusement dans les oreilles d’Aurélia. Ce fût le dernier son qu’elle n’entendrait jamais.

Ses genoux plièrent et elle s’affala, sa joue heurtant les pavés. Sur le sol, les larmes de ses joues se mêlèrent au sang s’écoulant par le trou présent sur son front.

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2 commentaires pour Extrait du « Testament de Galilée – Tome 1 : L’oeil »

  1. yann dit :

    J’ai des questions! 🙂

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