Seconde critique d’un lecteur pour Autres Temps – Légendes oubliées

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Critique de Cappuccino :etoiles

Autre Temps – Légendes oubliées est un recueil de nouvelles teintées d’une ambiance steampunk. En réalité, elles s’apparentent davantage au conte, leur forme flirtant par ailleurs avec celle de la légende. En effet, chaque histoire met en scène des éléments fantastiques pouvant parfaitement convenir à cette célèbre phrase capable de clôturer un récit de ce type : « On raconte que cette créature continue de (insérez une action) ».

De par leur condition de conte, chaque nouvelle possède un message pouvant délivrer une petite morale de vie. Dans cette optique, Sébastien Tissandier nous offre un panel de thèmes assez classiques mais leur traitement s’avère intelligent et suffisamment accrocheur pour maintenir le lecteur en haleine. De plus, l’auteur joue avec les codes pour nous induire en erreur et mieux nous surprendre. Ainsi, lorsqu’un schéma se présente, nous sommes tentés de penser que le récit se déroulera comme de nombreux textes avant lui, et c’est sous un œil tout d’abord désabusé que nous assistons aux événements pour finalement voir nos attentes agréablement contredites avec des retournements de situation stimulant notre intérêt.

Au sujet des thèmes abordés, ils pourraient se réunir sous l’appellation « Travers du genre humain ». En effet, sous les traits d’un pacte magique, Matagot, le chat démoniaque représente le cœur noirci par l’avarice et le désir insatiable qu’elle engendre. Ce conte fait écho à celui de Rumpelstiltskin puisque dans les deux cas, l’être fantastique promet d’apporter la richesse en échange de quelque chose. Mais malgré ce point commun et l’idée classique de sorcellerie introduite par le grimoire ainsi que le chat noir, Sébastien Tissandier parvient à donner une petite touche d’originalité dans le dénouement.

Par ailleurs, Le secret de la bête d’Angles reprend en filigrane ce thème de l’envie, mais le texte permet surtout d’aborder le détournement de la création artistique ainsi que la malhonnêteté. De ce fait, le secret qui entoure les magistrats et la créature ressemble au mystère de Sleepy Hollow réalisé par Tim Burton, bien que le monstre frappera essentiellement le lecteur comme une renaissance de la légende de la bête du Gévaudan. Ainsi, nous pourrions y voir une métaphore de l’œuvre utilisé non plus pour son essence, mais pour le profit de personnes mal intentionnées, sujet tenant certainement à cœur de nombreux artistes.

Le chasseur et la biche, quant à elle, est une parfaite illustration de la cruauté humaine où le plaisir de chasser dans l’unique but de tuer supplante le respect de la vie. Cette histoire n’est pas sans rappeler Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki, ou plus récemment, l’adaptation du conte La Belle et la Bête par Christophe Gans. D’un côté, nous avons un être surnaturel s’incarnant dans un animal afin de protéger la forêt et ses habitants, et de l’autre, nous avons un homme tellement submergé par sa condition de chasseur et la satisfaction qu’il en retire que seul un châtiment peut lui faire retrouver la raison. C’est donc avec plaisir que nous voyons ce mélajustifynge se dérouler sous nos yeux dans un message de respect envers la vie animale.

De son côté, Le trésor de Carcohl nous présente l’orgueil de l’être humain. Avec l’aide d’un monstre aux allures des écrits de Lovecraft, l’auteur nous offre un récit angoissant qui nous prouve que l’Homme n’est qu’un grain de poussière dans l’univers. Même si ce genre de créature n’existe pas sur Terre, l’idée que les êtres humains se considèrent supérieurs à toute chose notamment en possession d’armes n’est pas altérée. Ainsi, c’est dans la peur que l’Homme réalise son erreur, lui rappelant que son savoir du monde est limité et que l’inconnu pourrait le lui rappeler.

Semblable à l’histoire du Chasseur et la biche, L’oiseau de métal s’apparente à une fable écologique. En effet, l’aspect fabuleux de l’oiseau permet de lui conférer un rôle de gardien, mais cette fois-ci de la nature elle-même face à l’ingénierie de l’Homme. Il est à noter que la nouvelle reste modérée dans son message puisqu’il y a deux phases de minage, la première opérant via la main ouvrière et la deuxième étant effectuée via des machines. Ces dernières étant bien plus agressives, elle est dénoncée comme la volonté de l’Homme à vouloir dénaturer son environnement pour son profit sans songer aux conséquences, tandis que le travail des ouvriers semble plutôt perçu comme un statu quo entre la nature et les véritables besoins de l’être humain.

Enfin, Le golem de Rabbi löw prône l’importance de la tolérance et de l’harmonie entre les différentes cultures en utilisant le thème malheureusement toujours d’actualité qu’est- la guerre des religions. Dans ce récit, le peuple juif est persécuté par le peuple catholique, une idée déjà très forte compte tenue du passé réel de ces cultes. L’auteur pénètre une fois de plus dans le fantastique puisque pour protéger les siens, le Rabbi löw se voit obligé de créer une arme de défense. Une décision qui part d’un regret tant il est possible de ressentir la détresse de cet homme contraint de choisir la violence alors qu’il aurait préféré une solution pacifique. Cependant, au-delà de l’utilisation du golem, l’histoire permet de poser la question de l’humanité en interrogeant le lecteur sur la capacité de l’Homme à représenter cette notion tant sa haine peut atteindre des niveaux d’atrocité.

Comme expliqué précédemment, bien que ces messages demeurent classiques, c’est le traitement qu’en fait l’auteur qui captive le lecteur. Cet aspect est sublimé par l’utilisation du steampunk. En effet, cette ambiance pourrait être occultée, les décors pouvant être de simples lieux de contes ou les monstres mécaniques pouvant être fait de chair et de sang, mais ce choix d’intégrer ce style donne un cachet très plaisant au recueil et le rend délectable. Par ailleurs, l’écriture de Sébastien Tissandier confère une certaine beauté à ces éléments mécaniques crachant de la vapeur. Écriture qui, de surcroît, se trouve soignée et illustrant parfaitement chaque nouvelle.

Finalement, Autre Temps – Légendes oubliées est un recueil très plaisant à lire, qui, malgré ses aspects classiques, promet son petit lot de surprise et apporte plusieurs pistes de réflexions au lecteur sur des questions du quotidien. Une lecture qui se trouve donc à la fois divertissante et intelligente dont la brièveté est plutôt regrettable tant il aurait été agréable de se plonger dans d’autres histoires du même acabit.

Je remercie donc le forum Au cœur de l’imaginarium ainsi que les Éditions Boz’Dodor pour cette découverte.

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