Monstres, de Dominique Lebel, éditions Hélène Jacob

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Résumé de l’éditeur :

Les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit, ni si monstrueux, finalement.

Ceux-là nous démontrent que les idées toutes faites ont la vie dure, mais qu’il arrive qu’on les bouscule, pour peu qu’on s’approche d’un peu près : deux sœurs siamoises empoisonnent l’existence de toute une famille, une mère aimante défend bec et ongles le tueur fou qu’elle a enfanté, la femme la plus grosse du monde cache un cœur amoureux, un jeune homme défiguré essaie de surprendre son visage, un cyclope prend les traits d’un agriculteur pour passer à la télé, un maître finit par ressembler à son chien, un professeur frustré s’en prend à tout ce qui roule.

Ni vraiment bons, ni vraiment méchants, ni anges ni brutes, mais hors-norme en tout cas, ces sept personnages nous entraînent dans des lieux familiers où ils promènent leur bizarrerie : des maisons de banlieue, un salon de coiffure, une fête foraine, un hôpital, une ferme, une autoroute.

À croire que les monstres se cachent partout.

Ce livre m’a été proposé en partenariat avec le forum « Au cœur de l’imaginarium » et je les en remercie.

 

Mon avis :etoiles3

Vous vous souvenez de cette personne au physique particulier qui a accroché votre regard dans la rue l’autre jour ? Mais si, cherchez bien… Ou encore cet individu que vous avez dévisagé sans vous en cacher, parce que vous, vous êtes « normal » et parce que lui, présente une singularité ? Ces personnes ont quitté votre esprit quelques secondes seulement après les avoir tant épiées, alors que le poids de votre regard restera longtemps imprégné dans leur mémoire, s’additionnant à celui de tous les autres qui, comme vous, ont considéré ces gens comme des monstres. Telle pourrait être la morale de ce recueil de 7 nouvelles.

Mais il va beaucoup plus loin que cela. L’auteur, Dominique Lebel, nous bouscule, nous confronte à une réalité à laquelle on ne peut échapper tout au long de cette lecture : les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Dans « Inséparables« , l’auteur nous fait vivre le quotidien d’une famille ordinaire jusqu’au jour où les parents apprennent qu’ils vont avoir deux sœurs siamoises. Toute la vie de la famille va en être modifiée : le fils aîné va être mis à l’écart, les tabous ne seront plus prononcés. Le style de l’auteur est percutant et déroutant au départ : mélange de passages narratifs entrecoupé par des dialogues ou des monologues (bien souvent des souvenirs du passé ou bien les pensées des siamoises). Il faut un certain temps de lecture pour s’y habituer car rien dans le récit n’indique ce va-et-vient. Néanmoins l’histoire est prenante. Une peu trop même pour les âmes sensibles qui, face à la puissance des descriptions du physique des siamoises, auront envie de passer à la nouvelle suivante. Mais au-delà de ces descriptions morphologiques, ce sont davantage celles des situations vécues par les siamoises qui sont réellement déroutantes : elles vont à la piscine, au lycée… bref toutes ces situations que vous vivez en tant qu’individu « normal » mais qui vous choquent lorsqu’elles mettent en scène un « monstre » de la nature. L’auteur a fait fort, très fort : entre la nausée qui vous prend aux tripes, due à la lutte intestine entre votre dégoût pour ces sœurs siamoises, et votre grandeur d’âme de tolérance, vous terminerez cette première nouvelle le nœud au ventre, mais avec le sentiment d’une nécessaire intégration des gens différents de vous, car au final il n’y a que votre regard qui soit réellement différent.

Dans « Chaumont« , l’auteur met en scène une coiffeuse et sa clientèle. Et comme dans tous les salons de coiffure : ça jacasse, ça colporte des ragots, ça répand des potins. Mais ce qui intéresse tout particulièrement la clientèle en ce jour de réouverture du salon, et qui la force à prendre un rendez-vous, ce sont les informations croustillantes que la patronne détient. Toutes voudraient obtenir la primeur des derniers faits ! Après tout, ce n’est pas tous les jours que le fils de votre coiffeuse vient de commettre un meurtre… L’atout majeur de ce récit est incontestablement le fait que la coiffeuse tient sa clientèle (et donc le lecteur) en haleine en ne divulguant les informations qu’au compte-goutte, avec un jeu d’aller-retours entre répétitions d’informations déjà connues parsemées de nouvelles données. Vous voudrez, comme toutes les clientes de ce salon, connaître le fin mot de cette histoire !

Dans « Parapente« , il n’est nul besoin de lire l’histoire pour en deviner le fil conducteur rien que grâce au titre. Vous allez penser que l’auteur va mettre en scène un accidenté de parapente, et vous aurez raison. Mais pourquoi refuse-t-on que ce jeune voit son visage ? Pourquoi a-t-on retiré les miroirs et toutes les surfaces capables de réfléchir son reflet ? Ce sera la question qui vous obsèdera tout au long des pages. La force de cette nouvelle réside dans les hésitations du jeune accidenté à se prendre en photo grâce à son téléphone portable. Je ne vous dévoilerai pas ici pourquoi, mais je vous poserai simplement cette question : et si vous aviez subi un grave accident, que tout le monde refuse de parler de l’état de votre visage, trouverez-vous le courage de contempler votre reflet ?…

Dans « Luna Park« , vous pourrez croiser des attractions comme vous n’en avez jamais vues ! L’homme le plus grand du monde, la femme la plus grosse du monde ! Des bêtes de foire qui fascinent mais qui dégoûtent aussi. Pourtant, cette femme a su faire de sa monstruosité de graisse un atout, restant coquette et sensuelle, fascinant d’autant plus. Mais tout est faux dans un cirque, et ce n’est pas le fils, presque aussi gros que sa mère, transformé en fille qui vous dira le contraire ! Une belle morale sur les faux-semblants.

Dans « Chien méchant« , vous penserez obligatoirement au molosse que vous croisez tous les jours en allant chercher le pain à la boulangerie. Ce cabot qui se cabre sur ses pattes arrières lorsque vous passez et dont son maître éprouve toutes les difficultés du monde à contenir la force. Pourtant il s’agit d’un animal de compagnie, comme celui présent dans cette nouvelle. Certes un peu plus costaud que les autres chiens, mais un animal de compagnie quand même. Et si vous possédiez une telle bête, un tel monstre, quel camps choisiriez-vous ? Celui du maître débordant d’amour pour son meilleur ami ou celui des autres, effrayés à la simple imagination de ce qu’il pourrait faire s’il parvenait à s’échapper ? Encore une fois, l’auteur nous trimballe entre les hésitations du propriétaire au fil de ses réflexions. Mais au final qui est le monstre : celui qui porte la muselière ou celui qui ne la porte pas ?

Dans « Polyphème« , un borgne, paysan, a souhaité passer à la télé. Et c’est tout le système qui s’est emparé de sa particularité physique. Jusqu’à ce que l’effet de mode soit passé. Il se retrouve alors seul, face à lui-même et à sa solitude. Comme quoi les sentiments et les intérêts des gens sont souvent superficiels…

Dans « L’autoroute« , nous suivons le parcours d’un professeur d’IUT raté. Au fil de ses arrêts sur l’autoroute, on en apprend un peu plus sur ce parcours, sur cette fuite. La fuite de son passé, de ce qu’il a fait. Chemin initiatique ou de rédemption, cette autoroute met l’automobiliste face à ses démons : sa femme qu’il a étranglé parce qu’elle voulait quitter cet homme raté, le doyen de l’IUT qui ne lui fait que des reproches… Jusqu’à la fuite ultime : la tentative de suicide lors d’un crash sur l’autoroute. Vous est-il arrivé d’y penser ? Et avez-vous penser à « et si je me ratais » ? Ce monstre dans les faits va subir sa punition en devenant aussi un monstre physiquement. Comme quoi le corps et l’âme ne sont pas toujours dissociés…

En résumé, ce recueil de nouvelles vous forcera à vous interroger sur ces personnes qu’on aurait tendance à qualifier de « monstres ». Mais que ce soit par leur aspect physique, par leurs actes ou dans les faits, qu’est-ce qui nous permet de faire d’eux des « monstres » ? N’est-ce pas celui qui qualifie un individu de « monstre » qui l’est en réalité, l’excluant d’une société faisant de toute personne différente un paria ? Incontestablement ce recueil vous amènera à réfléchir…

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