Anthologie 2014, éditions Long shu publishing

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Cette anthologie m’a été proposée à chroniquer par l’anthologiste John Steelwood et les éditions Long shu publishing, que je remercie.

Résumé de l’éditeur :

Souvenez-vous, le Salon des refusés… Tous les ans, de nombreuses maisons d’édition procèdent à des appels à textes thématiques afin de réaliser leurs anthologies. Elles font un travail remarquable. Bien sûr, la sélection est la règle et bien souvent, les anthologistes doivent faire des choix cornéliens. De nombreuses nouvelles sont rejetées, indépendamment de leur qualité, et peu en importe les raisons. Certaines de ces œuvres refusées méritent d’être publiées. C’est une partie d’entre elles que nous avons décidé de réunir dans une anthologie annuelle. Ces anthologies sont regroupées au sein de la collection Les anthos auxquelles vous avez échappé, clin d’œil à la 4e de couverture du magazine Charlie Hebdo.

Mon avis :etoiles12 nouvelles. 12 genres et styles différents. 12 auteurs au talent impressionnant. Tels pourraient être les mots utilisés pour décrire l’extraordinaire sélection de John Steelwood, l’anthologiste de cette version 2014.

Mais entrons un peu plus dans le détail pour vous inciter à feuilleter les pages de ce recueil collectif…

Dans « L’enfer sous la peau », Greg Hocfell nous plonge dans une histoire d’un homme, Olivier, qui souffre d’insomnies. Son pharmacien lui prépare un traitement pour y remédier. Enfin… son traitement. Le style est percutant et incisif, nous immergeant dans la descente progressive vers l’horreur, mêlant réalité et rêve, au point que le lecteur perd de vue la limite entre ces deux mondes. Cela permet à l’auteur d’amener la chute de cette nouvelle sans éveiller les soupçons du lecteur, perdu dans les méandres du surnaturel, chute qui rétablit la frontière entre réalité et surnaturel, rendant cette nouvelle… terriblement réaliste au final.

« L’orgueil de l’univers » de Francis Jr Brenet est sans doute la nouvelle la plus moralisante de ce recueil. La rencontre entre l’humanité et une race extraterrestre, et l’obsession caractéristique humaine de « tirer d’abord, discuter après », nous amène à réfléchir, grâce à un style dynamique et immersif, sur la place de l’Homme dans l’univers. Surtout quand on pense que l’espèce humaine n’est pas l’espèce la plus nombreuse sur notre planète. Une chute arthropodement bien amenée !

Dans « Bombardement anticipé », de Pat Isabelle, nous suivons l’histoire de Cam, une vietnamienne traumatisée par les horreurs de la guerre dans son pays et qui a trouvé refuge au Canada. Seulement, à chaque fois que ses cauchemars resurgissent, une personne de son entourage meurt irrémédiablement. Après avoir perdu sa famille proche, sa famille d’adoption, ce pourrait bien être sa seule amie, Juliette, qui en fasse les frais… à moi que ce ne soit son tour ? Grâce à une narration mêlant souvenirs et réalité, Pat Isabelle nous plonge avec talent dans cette histoire incroyable à la chute… inattendue.

« ADG », de Gaëlle Dupille, restera certainement la nouvelle qui m’a le plus touché, m’émouvant aux larmes ! Tamika et Akira, un couple de tokyoïtes filent le parfait amour jusqu’au jour où Akira commence à avoir un comportement bizarre. Lenteurs, oublis, problèmes de coordination, il n’arrive plus à confectionner les origamis compliqués qu’il aime tant faire… tous les symptômes montrant qu’Akira a attrapé un virus. Dès le début de l’histoire on ne peut qu’être touché par l’amour que porte cette femme à son mari, un amour que nous rêvons tous de connaître un jour. Tamika va donc tout faire pour soigner son mari, elle fait appel à un spécialiste. Est-ce ma naïveté ou l’incroyable talent de Gaëlle Dupille qui ont fait que je n’ai pas saisi immédiatement la réalité de cette relation d’amour complexe ? La puissance des mots décrivant parfaitement les émotions des personnages, l’étonnante description des lieux et des gestes et le style fluide de l’enchaînement des phrases, sont les atouts de l’art littéraire de Gaëlle, qui immerge son lecteur et le surprend là où il s’y attend le moins ! Comment aurais-je pu deviner qu’Akira n’est autre qu’un « Androïde de Dernière Génération », un ADG ? Et le virus n’est autre qu’un parasite informatique ! Mais là où Gaëlle exploite toute l’immensité de son talent, c’est qu’elle arrive encore à créer du magique dans du magique. La relation entre Akira et sa femme était déjà intense, mais Tamika s’entiche également du technicien essayant de réparer le robot. Une dualité entre amour artificiel et amour réel déchire alors Tamika, jusqu’au moment où, victime d’un grave accident, le cerveau du technicien va être greffé dans l’androïde à la mémoire perdue. Et Gaëlle transperce le cœur et l’âme de son lecteur lorsque le nouvel androïde se remet à confectionner des origamis dont seul Akira avait le secret… Un incroyable moment de lecture comme je les aime tant.

« Du sang sur les mains », d’Isabelle Haury, a également su me surprendre. Un monde post-apocalyptique, peuplé de zombies et un homme qui prend tous les risques pour rapporter de la nourriture à sa femme. Un classique me direz-vous ? C’est aussi ce que j’ai pensé dès les premières pages. Nous avons tous lu des histoires de zombies… mais je dois avouer que l’intensité des descriptions des combats et des fuites du protagoniste plonge le lecteur dans cette histoire comme s’il regardait un film, à la Walking Dead (série dont je suis fan). Le style fluide rend parfaitement cohérent les événements de cette nouvelle et l’acharnement de cet homme pour trouver de la nourriture à ramener à sa femme est héroïque. Il se tient aussi informé des avancées du gouvernement quand à la confection d’un vaccin au mal qui ronge ce monde. Pourtant sa femme a toujours et de plus en plus faim. C’est à ce moment de l’histoire que l’attachement qu’on porte à ce mari bouleverse le lecteur : sa femme est un zombie, et il tente de la nourrir, reposant tous ses espoirs sur la découverte d’un vaccin. Une nouvelle bouleversante : que serez-vous prêt à faire par amour ? La chute est révoltante pour le lecteur et enlève tout espoir de happy end en quelques lignes : du grand art ici aussi !

Dans « Je l’appelle Edouardo », Sylvain Johnson nous plonge avec toute l’immensité de son talent habituel dans les délires d’un schizophrène. Grâce à son style immersif, il réveille en nous les peurs les plus profondément enfouies quant à l’idée de perdre la raison un jour. Un combat s’engage dans l’esprit du schizo, grâce aux descriptions de Sylvain Johnson qui sont d’un réalisme troublant. Qui de la raison ou de la folie remportera ce match ? Il faut lire la chute pour connaître cette réponse…

« Zochra », de John Steelwood, est sans doute la nouvelle qui m’a laissé le plus perplexe. Le protagoniste voit son esprit fusionner avec Zochra, une entité toute puissante, à l’égale d’un dieu, ou Dieu lui-même, c’est au lecteur de choisir tant l’ambiguïté entre réalisme et surnaturel est importante. Une morale sur la place de Dieu parmi les Hommes, rondement menée par le style d’écriture de John Steelwood qui amène incontestablement à réfléchir.

« Mondo Zombi », de Bruno Pochesci, nous présente une nouvelle histoire de zombies, mais vue sous un angle peu classique. Un jeu dans lequel un homme va parcourir des kilomètres pour rejoindre la femme qu’il aime et avec laquelle il converse par messagerie tout au long de la nouvelle. C’est sans doute là toute la puissance de cette nouvelle car ces messages instantanés immergent totalement le lecteur dans cette aventure angoissante, terrifiante, à la fin frissonnante.

Dans « Effet de seuil », d’Alexandre Girardot, un adolescent, Joshua, voit son bio-implant s’activer à sa majorité. Il lui permet d’entrer en connexion avec les pensées de tous les humains connectés à lui. Troublante histoire que celle-là lorsque, jusqu’à sa majorité, Joshua vit dans un monde de silence, tous les humains autour de lui ne s’exprimant plus que par pensées, mais inaccessibles à lui tant que son bio-implant ne s’est pas activé. Si nous vivions dans ce monde de silence, l’angoisse prendrait rapidement la place du son, et c’est ce qui se passe dans cette nouvelle, grâce au style fluide de l’auteur qui sait décrire les émotions sans un bruit. Une réflexion sur l’atteinte d’un état de béatitude si tous nos esprits étaient connectés, mais que resterait-il de notre identité ?

« Les descendants du fils », de Solenne Pourbaix, met en scène un détective sur les traces d’un père disparu. Mais ce qu’il va découvrir au fil des pages va le confronter à une sectes des plus lugubres, aux rituels barbares et inhumains. Ici aussi les descriptions immergent le lecteur dans l’horreur et l’angoisse, grâce à un style très fluide, nous plongeant un peu plus à chaque page dans l’épouvantable réalité de cette histoire. Et la fin n’en est que plus déroutante.

Dans « Les planètes mémoires », de Frédéric Livyns, le malheureux Cal-Thir libère un démon antique de son objet-prison. Mais lorsque ce dernier tente de s’emparer du corps de Cal-Thir, il constate avec effroi qu’il passe à travers. Tous les hommes qui croyaient en ce démon sont morts depuis longtemps et sans fidèles, ce démon n’a plus de consistance. Une fable interrogeant sur la force des croyances et les divinités oubliées, mise en valeur par le style et le talent de l’auteur qui nous immerge dans la cohérence de cette nouvelle.

Dans « L’expropriation », de Romain Billot, on retrouve tous les traits de son écriture, pour peu que vous ayez déjà lu un de ses livres. On part d’une situation somme toute banale : un grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer, perdant par moment contact avec la réalité, vivant avec sa famille et se raccrochant aux repères télévisuels des jours qui passent. Jusqu’au moment où un agent immobilier vient sonner à sa porte et la réalité fait place à l’impensable, teinté d’horreur. Les mots sont crus et le style incisif, jusqu’à la chute perdant le lecteur entre réalité ou illusion. Un texte témoignant du grand art de Romain Billot !

En résumé, cette anthologie regroupe d’incroyables auteurs, aux talents certains, qui sauront vous émouvoir, vous faire frissonner jusqu’à l’horreur et faire naître le dégoût dans quelques scènes. Plongez dans cette anthologie collective pour un formidable moment de lecture, avec une mention toute particulière pour les nouvelles « ADG » de Gaëlle Dupille et « Du sang sur les mains » d’Isabelle Haury.

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5 commentaires pour Anthologie 2014, éditions Long shu publishing

  1. imaginariuswebzine dit :

    A reblogué ceci sur L'Imaginariuset a ajouté:
    Chronique TRES enthousiaste de l »Anthologie 2014″, avec 12 nouvelles, dont celles de 4 Fossoyeurs de Rêves : Sylvain Johnson, Romain Billot, John Steelwood et Gaëlle Dupille.

  2. A reblogué ceci sur Gaëlle Dupilleet a ajouté:
    Chronique très enthousiaste de l' »Anthologie 2014″, et notamment de ma nouvelle « ADG ».

  3. Merci pour cette belle chronique Sébastien.

  4. Greg Hocfell dit :

    Très sympathique ! Et Sébastien Tissandier, un nouvel auteur que je vais lire sous peu… 😉

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